

Patricia Baffin : De l’image à l’icône
Née en 1963 en Martinique
Vit et travaille en Martinique
Depuis ses premiers travaux à l’Institut régional d’art visuel de la Martinique, Patricia Baffin a aimé scruter la mémoire des choses et la sienne propre. Comment le temps se dépose-t-il sur les objets, les use, les engourdit et comment arrive-t-on à les ranimer, à leur rendre vie ? De plus, quel est ce besoin lancinant de les porter à l’image?
Beaucoup de plaisir se dégage d’abord de cette quête du souvenir, mais aussi de la ferveur créatrice, ce qui suppose d’autres mobiles encore.
Au départ donc quelque chose qui a été donné, ou entrevu, et qu’elle s’approprie : les objets d’un quotidien enfoui dans le souvenir, une sorte de parti pris des choses, comme le dirait le poète Francis Ponge. Les objets ne sont pas seulement vus et mémorisés, mais ont été manipulés : la bassine, la grille de fer forgé, le moulin à café, le bahut, la persienne. Ils sont porteurs de la vie d’antan, des gestes des gens des mornes, un peu comme les souliers de Vincent van Gogh…
En même temps que s’élabore pour ces objets un mouvement d’appropriation, de vénération presque, se met en place un besoin de transformation, peut-être même de destruction. Il semble que ce n’est que de ce double mouvement, apparemment contradictoire, que du nouveau est susceptible de surgir.
Les quinze œuvres exposées à la Fondation Clément nous font passer de l’image nostalgique de ces objets emblématiques à la dimension d’icônes de la mémoire.
La nouveauté c’est d’abord la couleur, l’acrylique sur verre, sur plaque de verre, que l’on appelle couramment fixé sous verre. En quittant la clôture de la boîte et du volume pour revenir au plan, Patricia Baffin gagne au passage une autre liberté : celle du geste pictural vu en transparence, à même son support et non plus comme reflet ou miroir.
La peinture sur verre permet précisément cette transfiguration de l’image - signe en icône. Celle-ci participe en général de l’ordre des choses divines, porteuses de l’aura sacramentelle de ce qui a été vu puis est devenu invisible.
En approfondissant sa démarche initiale, Patricia Baffin nous montre que le regard peut aussi porter sur l’étrangeté des choses, leur mystère propre. Apparaît alors une sorte d’inversion des rôles entre les objets et elle, entre eux et nous. Ce sont les choses qui nous regardent et non plus nous qui les regardons. Elles quittent leur statut d’instruments de la vie ordinaire pour émerger comme une vision, une altérité poétique, toujours soutenue par une mémoire qui progressivement oublie les objets pour ne plus retenir que leur trace.
Michèle Baj Strobel
Aica Caraïbe du sud
Février 2008
Extraits de l’article
écrit pour ARTHEME n° 20
à l’occasion de
L’EXPOSITION À LA FONDATION CLÉMENT
Du 18 Janvier au 15 Février 2008







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